Centre des recherches des neurosciences

Texte et Dessins

Images

CGA SACLAY NEURO 01
CGA SACLAY NEURO 02 grande
CGA SACLAY NEURO 03
CGA SACLAY NEURO 04
CGA SACLAY NEURO 05
CGA SACLAY NEURO 06 grande
CGA SACLAY NEURO 07
CGA SACLAY NEURO 08
CGA SACLAY NEURO 09
CGA SACLAY NEURO 10 grande
CGA SACLAY NEURO 11
CGA SACLAY NEURO 12 grande
CGA SACLAY NEURO 13
Lieu Saclay
Maître d’ouvrage CEA
Surface 16.700 m2
Budget 41.400.000 €
Programme

Animaleries, pôles et plateformes de recherche, pôle d’accueil et de communication, un auditorium

Équipe

Dietmar Feichtinger, mandataire
Celnikier & Grabli Architectes, architectes associés
Ingérop Conseil & Ingénierie, BET TCE, économie, expertise laboratoire


NEUR COUPE mod

Le besoin

Le nouvel Institut des Neurosciences de Paris-Saclay vient en complément de Neurospin qui accueille l’École des Neurosciences, et des installations technologiques sans pareilles en Europe, tels que son IRM « géant » de 11,7 teslas. « Si on sait comment le cerveau fonctionne, on peut rêver de le réparer » déclare Denis Le Bihan, physicien et directeur de Neurospin depuis 2007.

Pour comprendre le fonctionnement du cerveau et du système nerveux dans toutes les dimensions de sa complexité, il faut à la fois étudier les principes de la construction des structures cérébrales au cours du développement et de l’évolution, comprendre les règles d’assemblage et de fonctionnement des neurones et des réseaux cellulaires qu’ils forment, analyser comment l’activité de ces réseaux neuronaux détermine et génère les différents comportements des animaux, savoir jusqu’à quel point ils peuvent s’adapter aux différentes situations vécues par les organismes, étudier les fondements de la perception et de la représentation de soi et du monde extérieur, et investiguer les processus de l’apprentissage, de la mémoire, des émotions, de la décision et de l’action. Ce sont là les principales questions abordées par les équipes de Neurosciences Paris-Saclay.

Le nouvel institut renforce la vocation du site pour en faire le plus grand complexe de Neurosciences de la région parisienne. Il permet de mettre en place des approches pluridisciplinaires, expérimentales, computationnelles et théoriques, à l’interface entre biologie, physique, informatique, sciences cognitives et comportementales, et médecine. Comme souvent dans la recherche, le bâtiment doit aussi permettre une évolutivité capable de suivre le rythme court d’évolution des techniques scientifiques et des équipes.

NEUR N1 mod

Le contexte

Le site appartient au campus historique du CEA de Saclay conçu par Auguste Perret ; cardo et decumanus y ordonnent tous les bâtiments, à l’exception du grand restaurant qui jouxte l’institut, et se permet de terminer par une rotonde monumentale sur le paysage arboré.

Les eaux du plateau argileux cheminent par la rigole de Corbeville au sud, et apparaissent sur la zone d’implantation sous la forme d’un bassin rectangulaire, qui s’affranchit de la grille orthogonale de Perret en étant pivoté d’une quarantaine de degrés.
Le site fait face à Neurospin, dont les équipes devront collaborer avec les nouveaux venus.

Intentions et solutions

En se posant dans la trame de Perret, et en choisissant de positionner le hall face à l’entrée de Neurospin, frontalement, c’est sans ambiguïté que s’établit le lien entre les deux bâtiments, condition nécessaire à l’émergence d’un esprit de pôle des Neurosciences.

Un hall de près de neuf mètres de haut, permettant de voir les jardins suspendus de la communauté des chercheurs. Des jardins suspendus ? Il n’est pas inutile d’en comprendre l’apparition.
L’Institut des Neurosciences est composé de trois entités majeures, à savoir les animaleries, les pôles et plateformes de recherche, complétés d’un pôle d’accueil et de communication qui, s’il est de moindre superficie, joue le rôle d’interface avec le monde extérieur.

Les deux ensembles scientifiques (animaleries et recherches), l’un étant le support de l’autre, ont chacun des exigences et des contraintes spécifiques et fonctionnelles fortes. Les animaleries combinent un grand nombre d’espèces et de statuts avec un besoin de mutualisation de moyens communs, et les espaces de recherche sont composés d’une grande variété d’activités tout en devant assurer la cohésion et l’interaction de l’ensemble des équipes par le biais de la convergence autour d’espaces de rencontre et d’échange.

Les ensembles constitués par l’accueil, la communication et l’enseignement d’une part, et les animaleries d’autre part, trouvent naturellement leur place en rapport avec les accès et le sol immédiat.

Soulevés à la fois pour bénéficier de liens internes courts, et pour assurer une réelle compacité, les pôles de recherche occupent les étages supérieurs. La superposition ainsi établie s’explique également par la différence de besoins en termes de lumière naturelle ; indispensable pour les pôles de recherche elle doit être parfaitement maîtrisée, et souvent proscrite au profit d’un contrôle artificiel propre à simuler les rythmes jour-nuit requis pour les animaleries.

L’un (pôles de recherche) étant au-dessus de l’autre (animaleries) sans que les circulations verticales ne traversent cette dernière, la superposition pour être possible se fonde sur la conception des flux dans les trois dimensions. Arrivée des personnes, arrivée logistique puis distributions intérieures en fonction de leur nature et de leur statut, la structure logique du bâtiment démarre avec la mise au point minutieuse de ce principe général.
Autrement dit, le bâtiment est composé d’un socle que l’on franchit dès le hall en s’élevant, pour atteindre les niveaux des chercheurs, fédérés autour des trois patios.

Les patios décalés ne sont pas une « coquetterie », comme s’en est étonné le responsable du projet au CEA, monsieur Xavier Charlot, alors qu’il nous demandait de lui en expliquer la raison lors de l’oral du jury de concours.
Le décalage des trois patios permet d’alterner des portions de bâtiment fines, moyennes, et épaisses, afin de répartir de façon homogène les pièces aveugles qui abritent des éléments communs à tous. Ce décalage permet également d’introduire plus souvent la lumière naturelle dans les circulations, à un rythme suffisant pour donner la sensation d’être en lien avec le jour.

Le risque du bâtiment à patio est la désorientation ; au-delà de deux patios, c’est labyrinthique. C’est pourquoi nous les avons « altérés », en libérant une vue transversale de bout en bout, afin que chacun puisse se situer.

L’équipe d’architectes

Nous étions associés à Dietmar Feichtinger Architectes, mandataire de l’équipe, en adoptant une organisation en équipe commune constituée à part égale de membres des deux agences. Nous avons accueilli l’équipe DFA pour le concours et la moitié des études, et avons été accueillis pour la seconde moitié. Pour le chantier, l’équipe communes était essentiellement sur le site.
La rencontre de nos deux histoires et expériences, souvent complémentaires, a permis de pousser la définition du projet scientifique et architectural dans ses derniers retranchements, au travers de discussions riches et argumentées, au profit du jaillissement des meilleures idées et donc, in fine, du projet.