Internat du lycée Alexandre Denis

Texte et Dessins

Images

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Lieu Cerny
Maître d’ouvrage Région Île-de-France
Surface 5.800 m2
Budget 12.000.000 €
Programme

240 chambres, une infirmerie, salles d’études et locaux communs, un accueil par unité, une bagagerie et locaux techniques

Équipe

Celnikier & Grabli Architectes, mandataire
Igrec Ing, BET TCE, economie
SYLVA Conseil, BET

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Le besoin

La construction de l’internat du lycée professionnel Alexandre Denis de Cerny est la première phase d’un processus de requalification global, visant à moderniser et à faire évoluer cet établissement.

L’internat, un des plus importants de la région, n’a pas pour simple vocation d’offrir une prestation d’hôtellerie, il fait partie d’un dispositif d’ensemble destiné à favoriser la réussite des élèves, à commencer par ceux issus de milieux sociaux défavorisés.

C’est assez rare pour le rappeler, le maître d’ouvrage demandait des chambres individuelles, de 6,5m² chacune, composée d’un lit, d’un bureau, d’une armoire et d’un lavabo.
Le besoin d’hébergement était complété par un ensemble d’espaces dédiés aux usages collectifs, comme les salles d’étude, salles de détente et d’activités diverses, permettant aux jeunes de se retrouver après les cours, et avant la nuit.
Les élèves sont présents sur site du lundi au vendredi, pour y passer 4 nuits par semaine. L’internat est fermé le reste du temps, les week-ends et pendant les vacances scolaires.

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Le contexte

Le site du Lycée polyvalent, au sud de l’Île-de-France, est remarquable à plus d’un titre. Très largement arboré, en pente douce depuis la rue jusqu’à la lisière boisée, il aboutit en partie basse à un plan d’eau, ancienne cressonnière laissée en désuétude. Les bâtiments présents sont d’époques diverses, et s’implantent au gré des pentes naturelles du terrain. Ils sont peu visibles depuis le site dédié à l’internat, dont la construction est la première étape de la requalification de l’établissement, suivie par l’extension de la partie pédagogique du lycée.

Intentions et solutions

240 chambres individuelles, c’est autant de fenêtres, de portes, une démultiplication qui pose la question de la répétitivité, et de la place de chacun dans le groupe. 240 micro-studios, c’est aussi 1+1+1+1+1+1+1… 240 fois. La question majeure que l’architecture résout ici est de donner le sentiment d’habiter une grande maison, la maison des lycéens et la maison de chacun, plutôt qu’un bâtiment d’habitat collectif.

Résoudre cette question permet d’offrir la sensation d’un ailleurs à des élèves passant leur année scolaire sur le site ; de garantir leur sécurité sans les emprisonner ; de leur assurer un juste équilibre entre le besoin d’intimité et le risque de solitude.

La résolution passe d’abord par la question de l’échelle. Ce n’est pas un, mais deux bâtiments qui sont conçus, divisant par deux les volumes. Chaque bâtiment est organisé en épis, à nouveau pour atténuer l’échelle des volumes, et développer un grand linéaire de façade nécessaire à l’éclairement de toutes les chambres et pièces. Les épis sont biseautés, donnant à chaque chambre une vue sur le paysage, tout en évitant les situations de vis-à-vis frontal. Les acrotères sont également en pente, ce qui accentue la sensation résidentielle qui émane des silhouettes et masque les éléments techniques nécessaires au confort intérieur.

Il découle de ces recherches une forme plastique radicale, conjuguant rationalité et parti poétique, sens et symbolique, entre individualité et collectivité. Les chambres occupent les étages, en balcon sur le bassin et le paysage, étages posés sur le socle des espaces communs en retrait. Une forme qui évoque des maisons sur pilotis, nichées dans les arbres, les pieds dans l’eau.

Les entrées des unités sont toutes situées au nord, chacune livre accès à un hall d’accueil lumineux, tout en transparences sur le bassin et le sous-bois, par lequel les internes peuvent rejoindre les espaces collectifs de détente et de convivialité (foyer et salle de télévision), ou emprunter l’escalier qui conduit aux étages.

La chambre

6,5 m², c’est très petit, mais c’est la demande. Il fallait littéralement pousser les murs, en termes de sensation.
D’abord en captant le paysage, avec une fenêtre toute largeur, de mur à mur, à laquelle s’adosse le bureau lui aussi toute largeur. Face au paysage, baigné de lumière, l’élève respire, l’exiguïté de l’espace s’en trouve atténuée.
Ensuite en optimisant cet espace, comme une cabine de bateau ; les rangements sont intégrés, le lavabo incrusté proche de l’entrée, laissant au lit et au bureau le bénéfice du paysage.

Enseignements

Nous sommes retournés sur site quelques mois après l’ouverture de l’internat, pour échanger avec les élèves. La rencontre a eu lieu dans une des salles d’étude des étages. Passées les quelques minutes d’observation, les internes présents ont raconté leur vécu. Le plan n’étant pas conventionnel, ils ont assez unanimement exprimé la nécessité de quelques jours d’adaptation pour s’approprier l’organisation du bâtiment et des parcours. Mais tout aussi unanimement, il semblait se dégager un sentiment de plaisir à habiter cette sorte de plaque tournante paysagère, complexe et généreuse.